Hello à tous !

Ici Carine dans la rubrique « Les Looks de C’la Parisienne » . Dans cette rubrique je vous écris les articles de mes coups de cœur mode du moment mais je partage également avec vous les rencontres avec des personnes exceptionnelles qui parlent de leur vision de la mode.

Cette semaine j’ai eu la chance d’aller à la rencontre de Natacha afin qu’elle me parle de son concept des plus étonnant et détonnant : « #Bonne avec un cancer ».
Allez, sans plus tarder découvrez ma conversation avec Natacha dans laquelle elle dévoile son concept.

Carine:

Bonjour Natacha, veux-tu bien te présenter en quelques mots? :

Natacha :

Bonjour, je m’appelle Natacha, j’’ai 33 ans et je suis maman de jumeaux âgés de deux ans et demi. Je suis mariée depuis 7ans et je vis à Nantes depuis…un peu toujours (rires). D’ailleurs c’est aussi à Nantes que j’ai fait ta connaissance Carine lorsque nous étions à l’école primaire.

C : Oui effectivement !

N:

Ça ne nous rajeunit pas tout ça 🙂

C: Grâce aux réseaux sociaux nous n’avons pas perdu le contact, et c’est aussi grâce à cela que  j’ai pu découvrir le concept que tu es en train de mettre en place!

N :

Oui effectivement suite à la story instagram que j’avais faite et dans laquelle j’apparaissais avec mon foulard @INDIRA, que tu as d’ailleurs  de suite commentée (rires). Tu l’a trouvée jolie et c’est là que je t’ai dit entre deux lignes ce qu’il m’arrive aujourd’hui, c’est à dire ma maladie, mon cancer. Et toi tu as rebondi en disant que ça ne se voyait pas.  Et comme je te l’ai dit, c’est grâce au vêtement mais aussi grâce à plein de petites astuces que cela ne se voit pas justement.  Car j’ai employé le vêtement comme un trompe l’œil. Mon but étant que les gens ne me perçoivent pas uniquement comme une malade. Car avant d’être « malade » je suis d’abord Moi, Natacha, une belle femme pleine de vie, bien dans son temps et ses baskets et qui aime la mode.

C : Et du coup tu as lancé ton concept ?

N :

Oui, tout a débuté en parlant avec des copines qui me disaient à chaque fois : « tu devrais lancer un concept dans lequel tu donneras des conseils aux autres pour bien camoufler le cancer ». Et je leur disais que si je devais lancer un concept ce serait « Bonne avec un cancer ». Mon but était d’allier l’utile à l’agréable. Car quand on a un cancer notre féminité en prend un sacré coup. On a beau nous dire qu’on reste belle, en réalité on perd un peu de sensualité, du coup même la sexualité est un peu en berne. La vérité c’est que notre féminité est atteinte, la poitrine est importante et c’est elle qui fait de nous des femmes ; c’est aussi par là qu’on peut se sentir désirable ou pas. Et du coup, en pensant « bonne avec un cancer », c’est une manière de se réapproprier cette sensualité, cette sexualité. C’est comme si du coup, on relevait la tête on bombait la poitrine et fièrement on se disait : « eh bah malgré tout, tu restes belle et bonne » (rires…)

C : Pour toi il n’y a rien de péjoratif dans cette connotation de « Bonne » ?

N :

Non, je suis issue d’une génération où les mecs disaient, pour parler des « meufs » qu’elles étaient « bonnes ». Et j’ai voulu faire de l’humour derrière tout ça.

C : Donc tu véhicules ce concept par quel biais ?

N :

Par le biais d’un blog que vous allez pouvoir découvrir à partir du mois de septembre, dans lequel je vais partager mes coups de gueule, mes coups de cœur, mes astuces mode et beauté pour garder sa féminité tout au long de cette épreuve.

C : Dis-moi alors comment le vêtement t’a justement permis de garder ta féminité ?

N :

Le vêtement m’aide surtout à garder ma sensualité, car au fur et à mesure de la maladie, on s’éloigne de notre féminité, de notre sensualité on a la sensation de perdre nos atouts de femme, et toi tu as envie de récupérer quelque chose qui fait que quand tu passes dans la rue les hommes continuent à te regarder car tu es une femme.

C : Tu viens de dire que tu perds un membre de ta féminité à cause de la maladie, peux-tu préciser de quel cancer tu es atteinte ? 

N :

Je suis atteinte d’un cancer du sein. En me palpant un jour, j’ai découvert que j’avais une grosseur. Donc je suis allée consulter et il s’est avéré que cette boule était cancéreuse. Le choc ! Le monde m’est tombé sur la tête ! Je me suis dis que pourtant j’étais jeune. Mais tu vois, d’où l’importance de se palper, et ce à n’importe quel âge !

J’ai donc subi une ablation totale du sein gauche. C’est en cela que je dis que j’ai été amputée d’une part de ma féminité. C’est ça qui est dur, et comme je disais à une copine qui était complexé par son poids : « un homme sera toujours excité par une femme avec des rondeurs supplémentaires ; mais qui serait excité par une femme avec un seul sein ? On n’a jamais vu un film de cul avec une femme avec un seul sein ». Tu vois, c’est ça qui est dur car c’est ton image de femme qui est « truqué ».

C : Du coup comment s’est passée ta période d’acceptation de ce nouveau corps ?

N :

J’ai été accompagnée à la suite de l’opération. D’abord on a un rendez-vous avec une infirmière qui nous explique que dorénavant on va devoir porter une prothèse. Ce rendez-vous m’a dégoûtée, j’ai été très déçue de cet accompagnement car déjà tu te prends dans la face le choc de l’annonce, la violence de l’ablation qui te laisse amputée d’une partie de ta féminité et pour finir, un accompagnement impersonnel parce qu’on ne prend pas en compte ta singularité qui est ici prendre en compte TON type de poitrine. Alors le summum, c’est lorsqu’on te présente un catalogue pour acheter des soutiens gorges qui sont adaptés à la prothèse. J’ai trouvé ça assez violent, voire punitif : déjà je devais faire face à ce nouveau corps et en plus les accessoires qu’on m’imposait ne me plaisaient pas. Pour être honnête, les soutifs étaient carrément moches.

C : C’est à partir de ce moment-là que tu as pensé faire les choses différemment ?

N :

Oui. J’ai dit à l’infirmière que « Moi » je ferai ma propre lingerie car son magazine de lingerie pour les femmes aux mono seins n’était absolument pas adapté pour moi. En fait j’ai juste décidé de garder ma propre lingerie et j’ai demandé à une copine qui maitrise la couture de rafistoler ça et là pour que je puisse incorporer ma prothèse. C’était important pour moi de garder ma lingerie, cela me donnait l’impression de ne pas être malade puis d’accepter avec douceur l’ablation de mon sein.

C : Face à ce qu’on t’imposait cela t’a donné la force de ne pas accepter ce quelque chose qui ne te plaisait pas?

N :

Oui j’ai eu la force de dire que je voulais faire à manière. Et ça c’était important. C’était une manière pour moi de rester maître de ma vie et de mon corps. Tu vois, c’était aussi une manière de dire : « c’est à la maladie de s’adapter à moi et non le contraire ».

Donc première étape : retravailler ma lingerie. Puis par la suite, quand le traitement de la chimio a commencé et qui a entraîné la chute de cheveux et poils, j’ai commencé à penser à des astuces. J’avais très peur de me retrouver sans sourcils car je trouve que c’est très stigmatisant. J’ai donc décidé de faire le « microblading » (tatouage de sourcil semi- permanent), et par ailleurs, de continuer à travailler sur un jolie make-up au niveau du teint et à accentuer sur le rouge à lèvres. Quand le moment de la perte des cheveux est arrivé et où j’ai eu l’impression d’être un moine tibétain ; il a fallu que j’avise !!

C : C’est à ce moment qu’un choix s’est imposé à toi : perruque ou foulard ? 

N :

Oui, de base avant la maladie je portais déjà le foulard donc naturellement il est devenu mon essentiel dans mon nouveau style. Je ne voulais pas adopter la perruque car étant très blanche de peau, tout de suite je trouvais que ça faisait « fake ». Quant au foulard j’ai toujours trouvé ça très joli.

Tu sais, depuis toute petite j’ai toujours aimé m’habiller. J’avais une de mes grand-mères qui était coquette et formidable et qui m’a donné le goût de savoir bien s’habiller. Elle me disait quand j’étais petite fille que « si tu t’habilles bien on ne saura pas d’où tu viens et tu passeras partout ». Et elle avait raison car effectivement quand on s’habille bien on passe partout et les gens sont curieux de nous connaître.

C : Donc tu as mis ton art de l’habillement à ton service pour t’aider à traverser la maladie ?

N :

Parfaitement, car l’habillement est important et donc il est essentiel d’apporter de la cohérence entre qui nous sommes et ce que l’on projette aux autres de nous, à travers notre style.  Et pour ma part étant malade, j’ai voulu garder ce style dynamique, jeune et branchée en le rajustant avec le foulard qui est devenu mon accessoire de mode. Ayant une personnalité assez affirmée, je voulais que ça continue à se voir dans mon nouveau style.  Actuellement je traverse une étape de vie qui est le cancer du sein mais j’ai envie de rester « bonne » et de continuer à m’éclater, à faire des compositions de style au gré de mes humeurs tout en adoptant des essentiels qui m’accompagnent.

C : Natacha encore un grand merci pour ce moment de partage.

N :  Merci à toi d’avoir pris la peine de venir jusqu’à moi pour m’écouter blablater (rires)

Je tenais à remercie Natacha pour cet échange, où elle nous a montré le pouvoir du vêtement ; et en tant que personal shopper cela donne un encore plus de sens à mon activité.

Photo de la belle Natacha…